Histoire de l’hôpital Central
L’hôpital Central tel que nous le connaissons aujourd’hui est mis en service en 1883. Appelée alors hôpital Civil, la nouvelle construction prend le relais de l’hôpital Saint-Charles du centre-ville de Nancy.
© CHRU Nancy
Des fondations religieuses à l’hôpital
Au 17e siècle, l’hôpital de la ville de Nancy alors appelé Saint-Charles, était situé entre les actuelles rues Saint-Jean, Clodion et Saint-Thiébaut.
La vocation première de l’hôpital est alors d’accueillir les malades ne pouvant pas payer leurs soins. Tout d’abord religieuse, l’administration de l’hôpital revient progressivement à la municipalité et au département. Des congrégations de sœurs restent impliquées pour l’assistance aux patients et l’intendance.
Vers les années 1860, l’hôpital Saint-Charles devient vétuste, insalubre et trop exigu face à l’accroissement de la population urbaine. Mais l’extension des bâtiments est impossible. L’hôpital et son annexe l’hôpital Saint-Léon doivent donc être transférés dans un autre quartier.
La guerre franco-prussienne de 1870-1871 met en pause le projet.
L’annexion de l’Alsace et de la Moselle amène de nombreux expatriés et industries à s’installer à Nancy. L’accroissement de la population et l’arrivée de la Faculté de médecine de Strasbourg à Nancy nécessitent de nouveaux bâtiments et la réorganisation de l’offre hospitalière.
En 1874, les Hospices civils de Nancy concluent un accord avec la municipalité qui rachète à la congrégation des Sœurs de Saint-Charles les droits de propriété sur l’hôpital Saint-Charles.
En 1877, la construction du nouvel hôpital est actée sur un terrain du faubourg Saint-Pierre, entre l’ancienne rue de la Prairie (actuelle rue Albert Lebrun) et la rue de Strasbourg (actuelle avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny).
Les bâtiments de l’ancien hôpital Saint-Charles seront démolis en 1885 pour la construction d’immeubles.
Ouverture de l’hôpital Civil
Le parti architectural est l’édification d’un grand bâtiment avec des pavillons distincts pour les avantages hygiéniques. Les normes de l’époque recommandent d’orienter les bâtiments d’hospitalisation au sud pour bénéficier d’un bon ensoleillement et d’une bonne aération.
Les salles où sont hébergées les patients ne doivent ni être trop grandes pour des questions d’hygiène, ni trop petites pour faciliter la surveillance. Le nombre de lits par salle est alors fixé à 16.

La différence de niveau de 8 mètres entre les deux extrémités du terrain est un avantage pour l’écoulement des eaux, mais une difficulté pour la construction. Cette dénivellation entraine aussi des inconvénients notamment pour les flux logistiques à l’intérieur de l’hôpital (transports des malades, du matériel et des aliments).
La première tranche des travaux est lancée à l’automne 1879.
Le 23 octobre 1883, les malades de l’hôpital Saint-Charles sont transférés dans l’hôpital Civil.
L’inauguration officielle a lieu le 6 novembre.
Évolution des services entre 1883 et 1914
Avec une capacité de 300 lits, les deux grands pavillons d’hospitalisation Collinet – De La Salle et Roger De Videlange se révèlent insuffisants. Des nouveaux pavillons sont édifiés : le pavillon des contagieux (1884, agrandi en 1895), le pavillon Virginie Mauvais (1894) pour les services d’enfants et le pavillon Bruillard-Balbâtre (1897) pour l’ophtalmologie.

Un service gratuit de consultations externes complète chaque service d’hospitalisation. Créés en faveur des indigents, ces services dispensent tout de même les premiers soins urgents à tous les malades blessés sans distinction. La faculté de médecine assure le fonctionnement des consultations qui ont lieu du lundi au samedi de 10 à 11 heures. Les internes réalisent à tour de rôle le tri des consultants.
Avec l’accroissement de la population et les progrès continus de la médecine, les services médicaux se spécialisent progressivement et le nombre de lits augmentent. Les Hospices civils nancéiens créent de nouvelles consultations spécialisées : électrothérapie, orthopédie, ORL ou encore urologie.
En 1904, les Hospices civils aménagent un pavillon de chambres individuelles payantes pour les malades fortunés, la pension Bon-Secours. Avec les années, la clientèle aisée s’en détourne au profit des cliniques privées qui offrent de meilleures prestations hôtelières et médicales. Les Hospices civils qui souhaitent conserver cette clientèle source de bénéfices non négligeables, engagent des opérations d’extension et de modernisation (ascenseur hydraulique, téléphone, conciergerie, ambulance avec chauffeur dédiée).

Dans les années 1920 et 1930, les Hospices réalisent des travaux d’agrandissement : édification du dôme et d’un grand bâtiment le long de l’avenue de Strasbourg pour y abriter les consultations externes et une partie de la pension Bon-Secours, construction du pavillon Krug, de la pharmacie centrale ou encore des blocs opératoires.


Au cours de cette période, les Hospices civils de Nancy regroupent l’hôpital Civil, l’hospice Saint-Julien (hébergement des personnes âgées) et l’hospice Saint-Stanislas qui accueille des enfants orphelins et abandonnés. L’hôpital Civil reste l’établissement principal et le siège de la commission administrative et de l’administration centrale. Pour marquer cette réalité, les Hospices le renomment hôpital Central en 1931.
Extensions hors de l’enceinte de l’hôpital
Dès les années 1900, l’hôpital Civil connaît un certain encombrement de ses services hospitaliers. Des solutions sont trouvées hors de son enceinte. En 1909, l’aménagement rue de Strasbourg de la Maison Marin qui appartient au Département de Meurthe-et-Moselle permet d’accueillir les malades convalescents des services de médecine et de chirurgie générales. La Maison prend le nom d’hôpital Marin.
En 1904, les Hospices civils de Nancy reçoivent une circulaire ministérielle prise dans le cadre de la lutte contre la tuberculose, pour la création d’un hôpital spécial et isolé destiné aux malades atteints de cette affection contagieuse.
La municipalité de Nancy à l’initiative de son maire Hippolyte MARINGER, acquiert la propriété de la congrégation des Dames du Sacré-Cœur située Quai de la Bataille et en fait don aux Hospices civils.
En 1912, la construction d’un hôpital-sanatorium démarre. L’hôpital Villemin du nom du médecin militaire lorrain qui avait démontré, dès 1865, la notion de contagion de la tuberculose, ouvre ses portes en 1920.
Sur le même site, l’aménagement de l’ancien pensionnat de la congrégation permet d‘ouvrir l’hôpital Hippolyte Maringer en avril 1914 pour accueillir la clinique de dermatologie et de syphiligraphie. Ce service qui était jusqu’alors administré par le Département, passe sous l’autorité des Hospices. Ces locaux sont rapidement insuffisants et mal adaptés.
La construction d’un nouvel hôpital distinct au sud du bâtiment principal débute en 1923 et s’achève en 1925. L’hôpital Fournier prend le nom du syphiligraphe français, Alfred FOURNIER dont le doyen de la faculté de médecine de Nancy de l’époque Louis SPILLMANN avait été l’élève à Paris.




La Seconde Guerre Mondiale
Dès l’automne 1939, face à la crainte de bombardements allemands, les Hospices civils de Nancy transfèrent les enfants, les personnes âgées et certains malades dans d’autres établissements des environs, puis vers la Gironde. L’offensive allemande à l’Ouest débute en mai 1940. Jusqu’au mois d’août, les hospices nancéiens accueillent des milliers de réfugiés, blessés et malades militaires.
Peu après leur entrée à Nancy en juin 1940, les autorités allemandes réquisitionnent une bonne partie des hôpitaux Maringer-Villemin-Fournier et de l’hospice Saint-Julien. L’hôpital Central qui va connaître un surpeuplement constant, est à la disposition exclusive des malades français civils et militaires.
La fin de l’occupation allemande pour Nancy ne signifie pas la fin de la guerre, ni la fin des privations. Une grande partie des Français souffrent de la faim et du froid, en particulier durant le rigoureux hiver 1944-1945. Le ravitaillement est toujours aussi problématique et un nombre croissant de malades afflue vers les hôpitaux. Le surpeuplement des services n’aura pas de solution satisfaisante avant de nombreuses années.
De l’hôpital Central au CHRU de Nancy
Au lendemain de la guerre, l’hôpital Central qui a été longtemps le pivot de l’activité sanitaire de Nancy et de sa région, souffre de nombreux handicaps dont la vétusté de ses infrastructures. L’exiguïté des terrains et la proximité de la Meurthe et du canal rendent difficiles son extension.
C’est pourquoi la construction d’un nouvel ensemble hospitalo-universitaire à Nancy est actée.
En attendant l’ouverture de cet établissement, des services de dégagement sont créés à l’hospice Saint-Julien et des pavillons préfabriqués sont construits à l’hôpital Central.
En 1970, l’ouverture aux patients de l’ancien hôpital militaire américain Jeanne d’Arc à Dommartin-lès-Toul puis surtout en 1973 celle de l’hôpital de Brabois permettent d’effectuer les travaux à l’hôpital Central.

Le départ à l’automne 1982 des services d’enfants pour l’hôpital d’enfants à Brabois entraîne la démolition du pavillon Virginie Mauvais (1983). L’hôpital Central poursuit ses extensions :
- Le centre d’accueil des urgences (1984),
- Un bâtiment de réanimation (pavillon Chalnot, 1990),
- Un bâtiment regroupant les services de neurologie, de neurochirurgie et de neuroradiologie (bâtiment Lepoire, 1999),
- Un bâtiment modulaire pour la chirurgie générale, d’urgence et thoracique (pavillon Grosdidier, 2006),
- Une unité de stérilisation (2012).
Durant les années 2000, l’hôpital Jeanne d’Arc et les hôpitaux Maringer Villemin Fournier sont progressivement désaffectés puis vendus, suite au transfert des activités au Centre chirurgical Emile Gallé et aux hôpitaux de Brabois.
Aujourd’hui, l’hôpital Central reste le siège administratif du CHRU de Nancy. Il continue à s’adapter aux nouveaux besoins des patients et des organisations professionnelles, dans l’attente du transfert de ses activités aiguës de médecine et de chirurgie vers le site de Brabois dans le cadre du projet Nouvel Hôpital de Nancy.
Noms des bâtiments et pavillons
- Léonie BRUILLARD-BALBÂTRE : donatrice pour les Hospices Civils de Nancy décédée en 1898.
- Pierre CHALNOT (1903-1982) : professeur de médecine au CHRU de Nancy, un des pionniers de la chirurgie thoracique et cardiaque en France.
- Charles-Édouard COLLINET DE LA SALLE : propriétaire du château de Pompey décédé en 1862 et donateur pour les Hospices Civils de Nancy.
- Jean GROSDIDIER (1926-2001) : professeur de chirurgie viscérale au CHRU de Nancy.
- Alfred KRUG (1859-1933) : administrateur des Hospices Civils de Nancy, industriel et l’un des fondateurs de l’Est Républicain.
- Jean LEPOIRE (1923-1997) : professeur fondateur de la neurochirurgie au CHRU de Nancy. Son nom a été donné au bâtiment des neurosciences de l’hôpital Central en 2012.
- Monsieur ROGER, donateur pour les Hospices Civils de Nancy au nom de sa femme née DE VIDELANGE.